Les jeunes filles sous les lampadaires dans la majorité des films et des romans, sont seules, grelottant dans le froid au crépuscule, regardant avec appréhension l'ombre des papillons de nuit virevoltant joyeusement autour d'un halo de lumière qui zèbre leur peau laiteuse d'ombres floues.
Sous ce faible halo de lumière, tel des anges éclairés par la grandeur divine, elles attendent...un ami, un client, un proche, ou sans le savoir, un violeur ou un tueur, évidement court vêtues, et d'une beauté irréelle, elles se dressent fièrement telles des nymphes en marbre blanc sur de hauts talons portant leurs pas sur de brèves distances entre le lampadaire et le banc qui ne saurait manquer au décors, la réalité quand à elle est toute autre, si le lampadaire, le froid, et le banc en restent les dénominateurs communs, le crépuscule laisse place à une matinée maussade, les papillons de nuits à des oiseaux rieurs, et la jeune femme à la beauté enchanteresse à une inconnue comme vous, comme moi, comme elle …
Elle est de celles qui attendent sans savoir à quoi s'attendre, advienne que pourra comme dit l'adage, pourvue que ça vienne ....
Le poids de la solitude peut être encore plus lourd à porter que celui du monde, aussi frêles qu'elles soient, ces épaules nues, sans bras autours ne valent rien, ne servent à rien, et ne peuvent de ce fait que s'affaisser sur elles mêmes.
Les visages pensifs des passants, les rires cristallins des enfants, ou encore la routine rassurante qui fait enchainer café et cigarettes, croissants et lait, aux autres, soulèvent en elle une tempête de sentiments, une averse de larmes difficilement contenues, un courage douloureux qui lui permet encore de porter son cœur en bandoulière, avec néanmoins une pointe d'amertume.
Elle se secoue mentalement, esquisse quelques pas de gauche à droite, s'emmitoufle encore plus dans son châle, se dit qu'elle n'est pas la seule à être seule, que ce qui ne lui arrive pas à elle, mais qui arrive avec tant de facilité aux autres, n'est sans doute pas aussi indispensable que ça en a l'air, vue qu'elle survit très bien sans.
Elle cède au final, et finit par rêver d'ailleurs, rêver d'autrui, son imaginaire est surpeuplé, mais aussi fertile qu'il soit, il ne peut cependant pas se matérialiser, et si c'était le cas, elle ne pourrait tout simplement pas y faire face, si cela avait été le cas, elle ne serait plus la jeune fille sous le lampadaire espérant en pensant à l'avenir, éprouvant en pensant aux autres, mais la jeune fille sous le lampadaire vivant l'instant présent, éprouvant pour elle-même, mais peut être tout aussi esseulée...
Par Darine !
Commentez cet article sur le forum La jeune fille sous le lampadaire



