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Actualite - Santé
Écrit par Salim   
Mardi, 24 Mars 2009 23:16
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Sang pour sang artificiel
Cultiver les globules rouges
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Dans le monde, il manque chaque année plus de 50 millions de litres de sang pour satisfaire tous les besoins de transfusion. La France, qui dispose pourtant d'un réseau de collecte efficace, n'est pas à l'abri d'une pénurie (voir ci-contre). Le vieillissement de la population et la multiplication des traitements hospitaliers lourds laissent prévoir une demande croissante. Parallèlement, les exigences de sécurité sanitaire deviennent draconiennes. Dans ce contexte, nombre d'équipes de chercheurs travaillent à l'élaboration d'un sang artificiel disponible en quantité illimitée et dont la fabrication serait parfaitement maîtrisée. D'autres visent à créer un produit que les ambulanciers pourraient administrer d'urgence, sans avoir à connaître le groupe sanguin des blessés. Les pistes sont multiples: chimie, génie génétique, nanotechnologies, etc. Elles seront toutes évoquées lors de la Conférence internationale sur les substituts du sang, qui se tiendra du 17 au 20 septembre à Parme (Italie).

Mais, déjà, le laboratoire privé américain Northfield annonce avoir terminé les essais cliniques d'un sang artificiel - le PolyHeme - qui, contrairement à son modèle naturel, ne pose pas de problème de compatibilité entre donneur et receveur. Ce substitut a été testé sur 720 accidentés de la route: leurs chances de survie en auraient été améliorées. Le produit ne se contenterait pas de remplir les artères, comme la solution saline utilisée aujourd'hui par les urgentistes. Il serait capable, en plus, de maintenir le taux d'hémoglobine au-dessus de 7 grammes par décilitre, concentration que le corps peut encore tolérer (normalement, elle est du double), le temps d'analyser le groupe sanguin des patients.

Ce succédané est lui-même fabriqué à partir de molécules d'hémoglobine humaine. Libérées des globules rouges qui les enveloppent d'habitude, celles-ci conservent leur capacité à oxygéner les organes. Mais il fallait un moyen d'empêcher ces petites particules de s'infiltrer dans les reins et de les endommager. Sur la solution trouvée, Northfield garde le secret. Comme il affirme, sans preuves, que la dizaine de patients décédés au cours des essais n'ont pas succombé à cause du produit, mais du fait de la gravité de leurs blessures. Seule réponse officielle: «Nos tests cliniques ont été approuvés par la Food and Drug Administration [FDA, organisme américain chargé des questions de santé]. Ils ont été inspectés à quatre reprises par un comité de contrôle indépendant. S'il y avait eu plus de morts que la normale, nous aurions dû stopper nos essais.»

Face à ce mutisme, bien des chercheurs restent sceptiques. «Nous douterons tant que le laboratoire ne publiera pas ses résultats dans une revue scientifique reconnue», souligne ainsi Patrick Menu, hématologue à la faculté de pharmacie de Nancy. Jusqu'à présent, le laboratoire a toujours négligé de le faire, préférant communiquer en direction de ses seuls actionnaires et investisseurs potentiels. Il ne participera même pas à la conférence de Parme. «Mieux vaut miser sur des produits comme l'Hemospan, développé par le laboratoire américain Sangart», avance le médecin nancéen. Ce produit est encore en cours d'expérimentation. Mais son processus de fabrication est plus transparent. Les molécules d'hémoglobine humaine y sont protégées par une enveloppe de polyéthylène glycol, substance qui entre déjà dans la composition de nombreux médicaments. Seul bémol: comme pour le PolyHeme et tous les substituts de cette génération, sa fabrication dépend encore du volume de sang collecté. Il pourra néanmoins être réalisé à partir de poches ayant dépassé la date de péremption, car l'hémoglobine se périme moins vite que le globule rouge qui l'entoure. Cela réduira le gaspillage, le temps de trouver une source de matière première moins limitée.

Des bactéries génétiquement modifiées, par exemple. L'équipe de Patrick Menu cherche ainsi à produire de l'hémoglobine humaine dans le cadre du projet EuroBloodSubstitutes. «Les molécules obtenues seront légèrement changées, de façon qu'elles constituent des agrégats et ne passent pas dans les reins», explique-t-il. Au CNRS, Franck Zal s'intéresse, quant à lui, à l'hémoglobine d'un ver marin. Cinquante fois plus grosse que la nôtre, celle-ci n'aurait pas besoin de transformation pour rester dans la circulation sanguine. Reste à la tester sur l'homme.


 

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