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EDUCATION : Cours particuliers, l’école informelle

Salim 0 Commentaires Actualite - Fac
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Le système éducatif connaît depuis quelques années une nouvelle tendance : les cours particuliers supplémentaires, de soutien ou de rattrapage.

Différentes appellations pour un même concept. En effet, la baisse des résultats scolaires constatée depuis près de vingt ans a suscité la mise en place de cours de soutien et ce, dès les petites classes. Mais ce nouveau phénomène s’apparente aujourd’hui à un réel business.

Les parents parlent d’arnaque. Les enseignants dénoncent l’insuffisance des salaires, un nombre trop important d’élèves par classe, des programmes trop chargés et un sérieux manque en moyens pédagogiques nécessaires à l’apprentissage.

Afin d’arrondir leurs fins de mois, de nombreux enseignants ont trouvé la parade : ils dispensent des cours particuliers chez eux, dans leur salon. Les plus investis dans ce nouveau créneau louent même des locaux où ils refont le programme au complet en faveur d’élèves pour le moins privilégiés, car, quand on connaît les prix pratiqués, on comprend aisément que ce nouveau mode de transmission du savoir n’est accessible qu’aux bourses conséquentes.

L’accès au savoir, dans le temps réservé à une élite sociale, s’est démocratisé et c’est à cette remarquable avancée culturelle que nuit la pratique adoptée par certains enseignants. L’école informelle est créée, et ses bévues sont nombreuses.

>Une terminologie de non-sens. Tout d’abord l’appellation “cours particuliers” implique un nombre très restreint d’élèves par groupe. Les témoignages parlent de groupes pour la plupart bien chargés, ce qui annule automatiquement l’effet “particulier” annoncé. Nous sommes face à un premier non-sens.

Ensuite, nous avons l’expression “cours de soutien, ou de rattrapage” réservés en théorie à une minorité, c’est-à-dire aux élèves les moins brillants ou à ceux en difficulté. Or, la réalité montre que ces cours sont dispensés même aux éléments les plus brillants qui les réclament. Un deuxième non-sens.

Puis, on parle de cours supplémentaires, donc qui devraient approfondir les acquis du cours principal, et là encore, un non- sens peut être décelé. Les cours dispensés “en plus” sont intégralement et littéralement une répétition des mêmes cours enseignés dans les établissements.

>“Les cours particuliers”, une obligation pour les parents. Sous peine de voir leurs enfants lésés ou traités différemment, les parents sont obligés de répondre aux différentes propositions de cours “en plus” même s’ils n’en ont pas les moyens.

Des témoignages dénoncent une discrimination entre les élèves qui prennent des cours et ceux qui n’en prennent pas. Certains enseignants ont recours à des pratiques telles que “ne pas interroger l’élève, lui donner de mauvaises notes injustifiées, l’humilier, le punir alors qu’il n’a rien fait de mal…”, l’enfant démoralisé reproche alors à ses parents de ne pas lui offrir ces cours devenus “indispensables” dans son esprit.

Les parents d’élèves, face à ce chantage, favorisent le bien-être de leurs enfants et cèdent à la pratique. Dans certains cas, l’absence de conscience professionnelle amène ces enseignants à divulguer les sujets des devoirs et compositions pendant ces cours afin de rassurer les parents, qui à la vue d’une hausse des résultats de leurs enfants, pensent que les cours sont bénéfiques et nécessaires.

>Une déformation de l’élève. Le cerveau de l’être humain est exposé à la fatigue au même titre que son corps. Un cerveau saturé ne peut être réceptif, après toute une journée d’apprentissage, à un supplément de cours. Des études le prouvent. L’élève doit donc faire face à un volume horaire de cours beaucoup trop important.

Ce qui réduit sa concentration et supprime le travail personnel. L’élève devient totalement assisté et dépendant de ces cours. D’ailleurs, un phénomène d’absentéisme alarmant a été constaté dans les classes d’examen. Plus précisément les bacheliers qui désertent en majorité les lycées au troisième trimestre au profit de cette école informelle.

Beaucoup de contradictions entre différentes méthodes pédagogiques sont aussi constatées, de sorte que l’enseignant est décrédibilisé par son collègue auprès de ses propres élèves. Et c’est selon l’ordre hiérarchique des intervenants que l’on détermine la “bonne” méthode. Un enseignant raconte qu’il s’est fait reprendre par ses élèves.

Il a été obligé de modifier sa méthode de travail au profit de celle que l’inspecteur général, chargé de la matière qu’il enseigne, utilise lors “des cours particuliers” de plus de cent personnes, entassées dans un garage, auxquels assistait la majorité de ses élèves.

>Une qualité d’enseignement supérieure. Comment expliquer que lors de ces cours “en plus”, l’enseignant est plus gentil, plus attentif, plus patient et fait preuve d’une persévérance qu’on ne lui connaissait pas auparavant autrement que par une motivation purement pécuniaire. Le nombre d’élèves n’est guère inférieur à celui contesté ; il est même bien souvent supérieur.

Utiliser son salon au lieu d’une salle de cours n’offre guère plus de commodités que celles réclamées dans les établissements. Et si, comme certains témoignages le relèvent, avoir pour seul support à l’écriture un sous-main représente de meilleures conditions pour transmettre le savoir, il faudrait peut-être remettre au goût du jour les écoles d’antan et remplacer les chaises par des tapis.

>Source d’une double rémunération. Aujourd’hui, les parents d’élèves financent doublement l’éducation de leurs enfants. Une contribution indirecte via la participation au financement du service public par le contribuable, mais aussi une contribution directe, nette d’impôt, sans facture : c’est une nouveauté économique, la transmission du savoir possède désormais son marché informel. Il est alimenté par des acteurs qui activent dans les deux secteurs. Le savoir informel, au lieu d’être dénoncé et proscrit, devient un complément à l’école algérienne.

>C’est toute une organisation. Les témoignages de certains enseignants “intègres”, qui ne prennent pas part à ce business, dénoncent la complicité des chefs d’établissement. Ces derniers organisent la tenue de cours “de rattrapage” au sein même de leur établissement à des prix allant jusqu’à 500 DA le cours de deux heures.

Un moyen d’économiser les charges et de maximiser les gains. Cette pratique est strictement interdite par le ministère de l’Éducation nationale qui, pour pallier cette école parallèle naissante, préconise et autorise la tenue de cours de soutien destinés aux classes de terminales et de BEF afin de permettre aux élèves d’optimiser leurs chances aux examens de fin de cursus.

La décision d’instaurer un programme de cours de rattrapage, applicable dès 2007, a été prise par le ministre de l’Éducation nationale lors d’une réunion de travail. Elle est venue en réponse aux nombreuses doléances parvenues au ministère qui considère ce phénomène comme étant une préoccupation majeure.

Ce compromis existe déjà dans les écoles, il est orchestré par les associations de parents d’élèves en collaboration avec l’administration des établissements scolaires. Mais il n’aboutit pas à une réelle solution puisque le phénomène est sociétal et continue à prendre de l’ampleur. Les problèmes auxquels font face les enseignants n’ont pas trouvé d’autres solutions.


Les élèves et leurs parents subissent les négligences du système :
Aujourd’hui, la pratique est admise à tous les niveaux par les intervenants. Élèves et parents deviennent par glissement doux des otages d’une démarche ayant déjà happé d’autres secteurs, à savoir “l’informel”.

Les enseignants se couvrent de l’argument salarial et surtout du silence des autorités, et le ministère de tutelle demeure coincé dans le chantier de contrôle du système éducatif, de sa réforme, du manuel scolaire, des problèmes hiérarchisés dans des priorités qui l’éloignent pour l’instant du fond du problème.

Lentement, une sorte d’école parallèle se met en place, bousculant l’école privée naissante. Après tout, cette école “informelle” n’a-t-elle pas été une transition vers la création de l’école privée.

(LIBERTE)

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